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French touch : Rone et son album Tohu-bohu

12.09.2013 // Jean Lapeyrie // 0 Commentaire

rone-tohu-bohu-cover

Tohu-bohu, terme désignant la confusion, le désordre, le bruit voire le brouhaha. Synonyme d’agitation ce terme mis à part être très marrant à prononcer, (je sais que vous venez d’essayer)  est aussi et surtout le titre de l’album d’un artiste français malheureusement trop peu connu dans l’hexagone : Rone. Tout d’abord qui est Rone ? Et bien le bougre se nomme Erwan Castex  et il est un producteur de musique électronique français exilé à Berlin. Notre cher ami se voit souvent produit par le label Infiné, le label de musique électro créé par AgoriaAlex Cazac et Yannick Matray en 2006. Tout ça c’est bien sympa mais pourquoi parler de Rone ? Et bien Rone, dont je vais parler par le biais de son dernier album Tohu-bohu, fait partie de mon point de vue de ces artistes français éminemment intéressant mais dont les médias, et les gens ne portent que peu d’attention. Et il y en aura d’autres à cette longue série d’artistes trop souvent oubliés. Mais avant de s’égarer, il est temps de passer à l’étude de son dernier bijou. Alors non ce n’est pas un album tout juste sorti, mais c’est une façon de faire connaitre à quelques curieux un artiste hors du commun.

Avant d’attaquer l’ouverture, commençons par le corps de l’album. Vous aimez Moby, Boards of Canada ou bien Aphex Twin ? Parfait vous ne serait pas désorienté, Rone est un habitué d’electronica, ambient et électro mélodique, sans y rester cantonné pour autant cela nous permet déjà de nous faire une idée globale de l’ambiance sonore de l’album. Pourtant Tohu-bohu, et voilà pourquoi je parle de cet album, n’est pas pour ainsi dire bloqué sur les principes de ces styles musicaux. Des beats omniprésents, des sonorités planantes et organiques, cet album vous fera voyager. Très bon à passer pour avoir un fond sonore, il est encore plus intéressant de l’écouter plongé dedans comme dans un bouquin. Réservez-vous donc 2 heures et venez participer à l’autopsie de Tohu-bohu.

Au cours de l’opération il va être compliqué de parler des tous les organes composant Tohu-bohu, rien est à jeter, chaque piste a son utilité dans cet organisme musical. Parfois fluide, parfois désarticulé Rone nous montre ici toute la précision de sa science. Commençons par la tête du sujet Tempelholf, ce morceau composé aux millimètres près, articule tout l’album autour d’une même logique, c’est une promesse de taille pour les morceaux à venir. Ainsi nous voilà au cœur même : Bye Bye Macadam, le second morceau, avec ses beats cadencés et puissants il finit de nous plonger dans l’album comme si Tempelholf n’avait pas suffi. Ça y est vous voilà entré dans son univers et l’on attend la suite avec un sourire aux lèvres, ce qui est tout naturel puisque nous voyageons à travers l’une des veines de Tohu-Bohu : Fugu Kiss. Oppressant voire même flippant ce morceau nous fait vibrer par ces dissonances et les oscillations du spectre musical pour finalement nous mener à la bouffée d’oxygène : La Grande Ourse, comparable à une respiration tranquille, un morceau reposant, de par sa rythmique posée sur des temps calmes. On voyage, on chavire, on se laisse emporter au point d’atteindre la fameuse constellation pour atterrir finalement en douceur afin de continuer ce voyage qui reprend et nous surprend avec l’une des artères : Beast. C’est avec un départ tranquille qu’il commencera à nous transporter, pour finalement nous faire découvrir un beat d’une qualité rare. Organique et complexe, ce morceau à la mélodie presque lyrique est un prémisse de taille au seul morceau chanté de Tohu-bohu. Bienvenue dans Let’s go, alias le diaphragme. Enfin on peut jouir d’entendre les harmonies de Rone surplombé d’un rap fluide et rythmé, qui sait tout de même laisser de la place à l’instrumental. High Priest nous montre ici son talent sur la symphonie onirique de Let’s go. La piste suivante nous laisse confus, l’introduction entre sonorités orientales et spatiales nous donne l’impression que Rone s’est imprégné d’un large panel mélodique afin de créer ce son. Vous voici dans le foie de Tohu-bohu : King of Batoofam, un ensemble de sonorités confus qui se mélange. Les sons partent dans tous les sens pour finalement créer un ensemble harmonieux, sorte d’ébriété auditive, on est surpris des sentiments que l’on peut avoir à l’écoute de ce morceau entre ciel et terre. Le tour du propriétaire arrive à sa fin et nous remontons doucement pour entendre une mélodie ayant un effet endorphinique. On se sent apaisé par cet ensemble de tracks harmonieux, continu et cadencé, et c’est en remerciant l’hypophyse aka Parade que l’on profite de ce moment de détente, inattendu. S’ensuit un passage dans la matière grise, Icare, lieu d’analyse, d’informations, le morceau nous fait d’abord sentir perdu, désorienté avec ces sons d’échos proches d’un sonar. Recherchant notre chemin, le volume sonore augmente comme pour nous indiquer la voie à suivre. Nous y voilà, le centre d’échanges d’informations, les sons passent d’un coté à l’autre, voyagent, circulent en passant par nos tympans, oniriques, éthérés, des sonorités proches du cri des baleines, on pourrait avoir l’impression d’écouter Echoes des Pink Floyd si ils s’étaient mis à la musique électronique. Finalement comme pour nous rappeler à la surface Lili…Wood vient nous interpeller avec ces kicks percutants et sa mélodie entraînante.

L’autopsie terminée on se rend compte d’avoir voyagé entre rêve et réalité et comme un réel organisme Tohu-bohu, nous montre que chaque piste a son importance à la survie et l’équilibre de l’ensemble. En bref Rone nous montre ici tout son talent à travers dix pistes d’une qualité rare. Il sera bon pour vous de savoir que cette année, il a sorti une version deluxe de cet album composé de six morceaux supplémentaires qui n’ont rien à envier de leurs prédécesseurs. Je vous laisse donc vous faire un avis sur la bête. De plus, après une belle tournée estivale dans toute l’Europe, sachez que Rone a encore un bon nombre de dates dans l’hexagone. A ne manquer sous aucun prétexte.

Si vous souhaitez écouter l’album deluxe, c’est ici.
Si vous souhaitez connaître les dates de sa tournée, c’est ici.
La page Facebook de Rone, c’est ici.
La page Facebook d’Infiné, c’est ici.

 

 


Ecrit par Jean Lapeyrie

pigiste à Midnight Coffee

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