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JED VORAS REVIENT SUR L’ART DU « GOING OUT »

31.07.2014 // Gregory Guilloth // 0 Commentaire

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Cet article constitue un coup d’envoi pour une réflexion renouvelée sur la vie nocturne en tant que forme d’activisme artistique et politique. Alors que les night clubs et leurs communautés ont depuis longtemps obtenu une place de choix en tant que thématique légitime au palmarès des expositions dans différents centres, musées et galeries d’arts du monde, il n’en demeure pas moins que les principales intéressées, à savoir les communautés qui font la nuit, ne s’y penchent finalement que très peu et semblent souvent se complaire dans une course à la défonce, avortant toute curiosité et oubliant les multiples richesses et avancées qu’a entérinées la Night Culture.

Pour palier à une certaine atrophie du monde de la nuit, et chercher à lui insuffler une dynamique spécifique, il nous a paru évident de produire une série d’évènements cherchant à réhabiliter auprès de nos noctambules un « pratique de la Nuit » héritière d’une certaine Culture de la Nuit. Nous tentons ainsi de faire germer une forme d’intérêt cérébral, toujours ludique, à aller en club et plus largement en soirée, et de pousser à l’engagement nos congénères clubbeurs qui n’ont bien souvent pour plus grande préoccupation celle de ne pas se faire recaler par le vigile du Wanderlust pour apprécier leur soirée.

Leigh Bowery

Pour cette première piqure nous proposons de nous interroger sur le statut du promoteur de club, de soirée. Pour ce faire, quoi de plus consistant que de rendre hommage à la figure mythique de Leigh Bowery ; promoteur de Club, performeur et designer. Leigh était un artiste assez peu commun et particulièrement doué officiant dans les années 80/90 au sein des clubs les plus extravertis de Londres (Taboo Club notamment). Avec une attitude et un look proprement halluciné, Leigh fut un personnage qui allait devenir une source d’inspiration pour David Bowie, U2, Rob Zombie mais aussi pour des artistes tels que ORLAN, Ceryth Wyn Evans, et on en passe et des meilleurs…

Leigh Bowery

Australien de naissance, Bowery fut projeté sur la scène Punk Rock Londonienne des 70’s et s’en appropria la posture alternative à l’égard de la mode, des médias, de l’art contemporain, des mœurs conservatrices et du star system. Dans une éthique totalement transgressive, sa démarche artistique allait lui permettre de produire un alter-ego pulvérisant les carcans du quotidien. Vêtu, maquillé et coiffé de manière absolument inclassable, ces parures sophistiquées et frontales offraient à leur créateur et à ses modèles une liberté nouvelle.

Alors que nombre de designers à cette époque créaient et portaient des vêtements confortables, sobres, capables par exemple d’émanciper la femme en l’imposant en working women dans des tenues fonctionnelle, Leigh Bowery se situait lui à l’opposé diamétral de cette tendance en élaborant et en portant des vêtements ‘autoritaires’. Cela impliquait des transformations du corps parfois douloureuses et pouvant amener à limiter ou déformer sa gestuelle.

Leigh Bowery

Sa pléthorique garde robe incluait des corsets trop petits, des épingles à nourrisses à planter dans le corps, des sparadraps servant à tirer ses bourrelés de graisses vers le haut du torse pour en faire une poitrine, et tout une gamme de costumes hermétiques difficiles à quitter et qui ne lui permettaient pas d’aller aux toilettes durant toute la longueur d’une nuit en club. Autant dire que l’apparat devenait le véhicule d’une modification de soi-même, invitant à la dérision et la critique sociale.

Les Performances de Leigh avaient quelque chose de l’ordre de la prouesse Olympique. Alors qu’aujourd’hui la durée de la plupart des performances artistiques peut se compter en minutes, celles de Leigh s’étalaient sur toute une soirée en night club ! De quoi attirer l’attention Abramovich, artiste mondialement acclamée et spécialisée dans la performance longue.

Cette position autoritaire du costume sur l’homme, a permis à Leigh de trouver un moyen de totalement reléguer au second plan sa petite personne, d’en ouvrir la boite de Pandore et de donner vie à un personnage en tout point surréaliste.

Sortir de son corps tout en y restant, c’est là que se trouve l’une des plus belles prouesses du performeur. C’est aussi une réelle manière pour les hommes et femmes de la Nuit d’ajouter à leur existence une nouvelle dimension, libératrice.

Son ego devenant œuvre d’art, il fit de sa présence sur terre une véritable hérésie, comme une sophistication très avancée de l’exacerbation de l’individu au sein d’un cosme de marge dont il a même tenté de défier les lois physiques. Une forme de ramification ténue dans l’évolution.

“Clothes should be either threatening or challenging, and should make people think.” Leigh Bowery


Ecrit par Gregory Guilloth

Passionné de musique, je partage et critique pour vous les dernières actualités musicales à travers la rédaction sur Midnight Coffee.

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