Swans – The Seer : Du respect des aînés

(Avant-propos : oui cet album est sorti il y a un peu de temps maintenant, mais il mérite vraiment d’être chroniqué céans. Et oui, je sais que cet article est trop long, laissez moi tranquille, je ferais moins la prochaine fois)

30 ans.

3 décennies.

Ca fait une belle longévité quand même, quand on y pense.

Et difficile de peser toujours comme au premier jour en ayant déroulé autant, en particulier dans le monde musical.

Pensez vous, les Stones n’ont pas attendu 20 ans pour faire du disco tout pourri, Pink Floyd se sont perdus dans les méandres du progressif médiocre FM une fois le mégalo Waters parti, et les Beatles … ont eu la décence de mourir avant. D’ailleurs, pour les réunir, ce qu’il faut, c’est deux balles de plus.

Et il en va de même pour tous les groupes. Rares sont ceux capables de donner après 30 ans de pratique une claque aussi violente qu’auparavant.  Vient alors le cas de Swans.

D’abord un des groupes les plus extrêmes de la scène post-punk (Il allaient jusqu’à faire vomir leur public tellement leur son était malsain et le volume fort, youpi pouet la fête), Swans s’est étoffé au fur et à mesure que Michael Gira (photo), meneur, chanteur et guitariste du groupe, s’est mis à concevoir L’ALBUM.

The_Seer_Swans

Le magnum opus de Swans, qu’il avait en tête dès le départ. Mais quand on compare le malsain Filth faisant office de premier disque à The Seer, on se demande comment s’est créé pareil projet.

Car oui, on parle d’album AMBITIEUX, 2 heures, 3 morceaux mastodontes (dont le morceau titre dépassant la demi-heure), et dont le style mélange les répétitions malsaines et lourdes aux bourdons psychédéliques et orchestraux, plus Karen O en guest, autant dire que Gira en avait gros sur la patate.

Et on sait comment ça se passe avec les albums ambitieux. The Wall de Pink Floyd est passable, sans plus, Mellon Collie and Infinite Sadness des Smashing Pumpkins est définitivement trop long, Sadinista ! des Clash est confus, BREF, ça donne mais c’est soit trop long, soit trop chiant, soit trop confus. Et ce n’est donc pas à la hauteur de son ambition.

Mais là, oui.

Oh que oui.

C’est presque flippant.

Et pour deux heures de musique expérimentale ambitieuse se basant sur la répétition, les progressions lentes et le son lourd, on ne voit pas le temps passer. Ou plutôt si, mais on en redemande, tels de grands masochistes que nous sommes. Surtout moi. Jamais lourdeur, puissance et violence n’ont été autant astrales et magnifiques. De l’agression éthérée, désordonnée mais chirurgicale. Gira a réussi son coup, les 30 ans ont payé, c’est un magnum opus. Et si les Swans n’ont pas fini de produire, ils sont allés au plus haut et ont sorti un album qui possiblement, leur survivra. 2 heures de transe noise, psyché, doom, folk, post-(insérez genre ici) … tout ce que vous voulez.

Du cérémonial Lunacy, qui ouvre de manière épique (au sens premier du terme) l’album, aux instants folk The Daughter Brings The Water ou Song For A Warrior, en passant par la session de free noise jouissive et incroyablement texturée 93 Ave. B Blues, ou les magnifiques A Piece Of The Sky et The Apostate qui mélangent la transe à la mélancolie, tout dans cet album est prétexte à l’émerveillement ou à la fascination.

ET ECOUTEZ LE EN ENTIER.

Le morceau titre The Seer, d’une durée fleuve de 32 minutes environ, est le parfait exemple de la réussite de l’alchimie des Swans. La constitution dans le bruit, les paroles obscures, mystiques presque (I see it all, I see it all, I see it all …), et puis simplement l’ampleur du morceau, son cheminement du début jusqu’à la fin. C’est un exploration de l’histoire des Swans, et dans la tête de Michael Gira. Un magnum opus dans le magnum opus. MAGNUM OPUCEPTION.

Mon autre favori personnel, Mother Of The World, est plus l’inverse, plus un retour à leur style de départ, la répétition incessante de ces deux notes, le souffle court de Gira qui résonne et se mêle à des gémissements sortis de la bouche d’un maniaque (Gira encore) avant de s’évanouir et de se métamorphoser dans un riff folk et un chant méditatif … toute la capacité créatrice des Swans peut se résumer dans un morceau comme Mother of The World, du malsain est tiré la mélancolie, la mélodie, ce qui rend le tout plus apaisant qu’il ne l’augurait, mais pas tout à fait innocent non plus.

Swans ont réussi leur pari. Swans are alive. Swans ont sorti un album qui marquera l’année 2012, et leur carrière. Rien que ça.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *