Mike Gnacadja et ses ADD Chats

Je rentre de la Weather, je suis dégouté. C’était quoi cette merde ? J’ai dansé dans le vide toute la soirée, bu des bières dégueulasses (unique boisson de la soirée avec du cidre, si je te jure), payé en petits bouts de plastique super chers, semé des demi tokens un peu partout dans un garage aux trois-quarts vide. C’est ça votre Techno ? Je la connais, c’est la même depuis 1993. Et me fais pas croire que ton drop tout décalé, c’est « über in» à Berlin. C’est juste qu’elle est pourrie ta transition. Sans parler du système son qui sonnait aussi usé que les tracks des «boss de la techno» présents ce soir. Avant de faire grand, tâchons au moins de faire fort. Un minimum. Et les coupures de 5mn en plein set «dropera, dropera pas»? On en parle ? Putain d’intermittents ! Bien évidemment, attendant encore mon accréditation, j’ai dû payer ma place cinquante balles comme tout le monde pour voir des mecs sniffer des traces à même le sol. J’ai pris la décision de me barrer au moment où j’ai pensé aux artistes qui crédibilise artistiquement la Techno. Ceux qui la font avancer par tous les moyens, dans toutes les directions possibles. Ce que je veux dire, c’est que si j’ai passé une nuit aussi naze, c’est certainement à cause de Mike. J’explique :

Mike est le capitaine de Add Cat Records. Un label ovni, tiraillé entre Paris et Berlin. Mais il est surtout un artiste qui, depuis plusieurs années, propose à la musique électronique d’aller plus loin. Multipliant les pseudonymes pour mieux brouiller les pistes, Mikix The Cat aka Momma’s Boy aka Emizence (entre autres) à décidé de partir explorer la musique électronique. Un voyage vers l’horizon avec comme seul carburant l’amour de la musique. Et mercredi  soir avait lieu la Add Cat Party au Social Club. Au-delà d’une programmation très alléchante, la nuit était prometteuse, l’entrée gratuite (le mec y tient) et les filles jolies. Mais le mieux dans tout ça, c’est que j’ai pu parler de musique avec un artiste qui prend plaisir à en discuter.

Entretien :

Bonsoir Mike. On est au Social Club pour la soirée de ton label Add Cat Records. Parles-nous des artistes que tu as invité à jouer avec toi ce soir.

Ce soir ce sont un peu les artistes avec qui j’ai les plus de contact, d’échange mails, de relations humaines. Y’a Oblast. C’est trois gars, trois petits fous qui sont un peu partout. On s’est rencontrés à Berlin. C’est un mec qui fait du design, un autre qui fait de la house et un autre qui est cent pour cent dj. C’est trois petits fous en fait, ils sont un peu comme moi. Ça représente la Add Cat qui vient de l’hyperactivité, des gens qui font pleins de choses en même temps. Ça collait parfaitement.

Après y’a mon petit Zare. C’était la première signature sur Add Cat. On s’est rencontré en Australie il y a quatre ans. Dernièrement il a sorti un truc sur My Love Is Underground qui est… fat ! Et il va ressortir un ep chez eux bientôt. C’est vraiment cool. Malheureusement mon label a pris un aspect un peu plus Techno, lui est vraiment House pure et dure. Donc je ne pense pas que je vais refaire de sortie de lui pour le moment, il mérite de signer sur des labels vraiment plus pointus dans la House. Je respecte a mort ça et on est des potes, c’est pour ça qu’il est là ce soir.

Après bien sûr il y a Cochise. Cochise le mystère ! Il est vraiment la en chair et en os (rires). C’est officiel c’est pas mon alias, faut le dire. Je jouais à La Marquise à Lyon, le mec est venu avec une clé USB. Gros respect ! Une clé USB de 20 sons, les 20 étaient ouf ! De main à main, pas de mail, je kiffe ça. J’ai aimé cette démarche et en plus les sons étaient bons donc je suis devenu dingue. Et là il sort un nouvel ep sur Add Cat. De la techno vraiment lourde.

Et enfin, moi, Mikix The Cat. Le Chat quoi ! On ne sait pas trop ce qu’il fait. De la House à la Techno, à la musique bizarre.

Pourquoi au Social Club ?  Quelles sont tes affinités avec cet endroit ?

J’ai été managé pendant un petit moment par Manu Barron, donc le Social c’est un petit peu la maison tu vois. C’est une histoire d’amour. J’ai fait mes premières Add Cat Party ici. Et je me dois de les faire ici, à la maison.

Tu as sortis des tracks sur pas mal de labels assez pointus (Sound Pellegrino, Trouble & Bass, Nightshifters etc.). Qu’est ce qui t’as donné envie de monter ton label ?

En fait je fais trop de musique. Et il me fallait un endroit où sortir les musiques que les gens ne comprennent pas. A la base, Add Cat Records c’était un hybride pour une musique qui était pointue, sans être pointue. J’ai fait le chalenge un peu fou de me dire que les mecs pointus vont pas la jouer parce que ça l’est pas assez, et les mecs cheezy vont pas la jouer parce qu’ils vont la trouver trop pointue. C’est vraiment une musique qui gravite entre les deux concepts, qui est incomprise. Mais ce que je sais, c’est que ces musiques sont là. Il y a une trace.

Comment choisis tu les artistes que tu signes sur Add Cat ?

Si tu écoutes bien la discographie Add Cat Records, tu te rends compte qu’il y a beaucoup de styles différents  mais un même univers. Les artistes que je signe sont dans cet univers. C’est surtout un label pour me faire plaisir. Quand j’écoute une démo, je sens quand c’est fait avec amour ou pas. Je reçois des démos, c’est des sons « à la untel ou untel ». Alors que quand un mec a fait sa musique à la  « Jm’en bas les couilles, j’ai un taff à côté.  Je fais ça pour le fun, mais j’aime ce que je fais.», là je le sens tout de suite. Ensuite je regarde l’identité visuelle du gars, ça joue beaucoup. Je regarde les références du mec, ce qu’il aime sur Sound Cloud. Je joue vraiment sur l’affinité avec mes artistes.

Qui rêverais-tu de signer ?

Franchement, ce ne serait pas bon pour les artistes dont je rêve d’être signé sur Add Cat. Mon label est basé sur le long terme. Je me considère dans la catégorie des artistes maudits, qui seront reconnus quand ils seront crevés. Je fais de la musique par amour et le reste je m’en fou.

Que penses-tu de la scène française et des artistes français ?

La scène française est géniale ! Une identité que j’aime vraiment, c’est Clek Clek Boom ! C’est des potes d’enfance, des potes et ils font de la musique ensemble. Magnifique ! C’est un truc que j’ai toujours voulu faire. Avec mes artistes ont devient potes grâce à la musique, sur le tas. Mais on n’a pas évolués ensemble, grandis ensemble. On n’habite pas tous ensemble dans la même ville, à faire de la musique dans le même studio. Les mecs de Clek Clek Boom ont une espèce de patte genre dès que tu entends leurs son, tu sais que c’est signé Clek Clek Boom. Ça tue ! Pour moi c’est le label numéro un en France, à Paris.

Est-ce que le fait de gérer un label te laisse moins de temps pour produire ?

Bien sûr, c’est pour ça que ça fait quasiment un an que j’ai rien sorti. Quand j’ai lancé Add Cat Records, j’avais mon bureau juste en dessous de chez moi à Berlin. Du coup je me levais le matin et je faisais presque que ça. De la prospection, de la presse… Et ça m’a montré l’envers du décor. J’ai été un peu dégouté. Ça m’a ralentis et ça n’as pas été bon pour ma propre musique.

Et Berlin ? Quelle est son influence dans ta musique ?

C’est la différence avec la scène française qui m’a inspiré. Si tu écoutes ce que j’ai fait en 2008 et en 2011, tu entendras une réelle différence.  C’est en 2010 que j’ai bougé à Berlin. J’ai commencé à aller en club là-bas, j’ai vu des mecs s’exciter sur des loops de huit minutes, sans drop. Tu te dis : « Putain, c’est ça ! ». Alors qu’en France, dans notre culture, on attend drop pour devenir fou. C’est dans notre culture. Et ça a été un « Blow Mind ». Changement total de mentalité. Donc concentration sur le groove et la loop. C’est là que ma musique a commencé à changer. Et c’est aussi à ce moment-là que j’ai commencé à perdre certaines personnes. J’ai voulu faire de la musique qui me plait de manière têtue voire égoïste. Cette ville m’a complètement changé.

Ce soir tu joues sur vinyles. Tu aimes avoir de la matière analogique sous des doigts aussi à la production ?

En ce moment je me suis remis à la musique vraiment acoustique donc j’ai ressortis la hardware. Du moins pour ce qui est guitare-batterie-basse. Après, Mikix The Cat c’est un projet que j’ai voulu principalement numérique. On peut dire ce que l’on veut sur le digital mais ça a un son spécial. Il y a des choses que tu ne peux pas faire avec l’analogique. En revanche pour Emizence, mon prochain vinyle prévu pour septembre, j’ai voulu faire ce que j’appelle un projet «nazi». Pas d’ordinateur, rien. J’enregistre tout en multipiste sur bandes. C’est la galère totale ! Que des loops enregistrés, des montées faites au mixer une par une. Tu ne te rends pas compte du compteur qui tourne et ça te fait des sons de neuf minutes. Plus tu es limité, plus tu es créatif. Du coup, pour respecter cet aspect cent pour cent analogique je vais les sortir uniquement sur vinyles. Et bien entendu je travaille sur le live du projet. Je jouerai uniquement avec mes machines et mon mixer.  Mais je ne crache pas sur le numérique, c’est super important d’utiliser les deux.

Que penses-tu de l’évolution des labels indépendants et de leur importance ?

Malheureusement, c’est devenu tellement facile de faire un label aujourd’hui qu’il y en a trop. On reçoit trop de promo, on se perd, on ne sait pas ce qu’il se passe. Heureusement, il y en a qui arrivent à s’en sortir avec des identités de ouf. Exemple : un label que je respecte vraiment pour ça c’est L.I.E.S. Records. Ils arrivent à faire des trucs de Noise,  Techno, House Groovy et c’est cohérent. C’est ce que j’essaye de faire avec Add Cat. Mélanger les styles en gardant son identité. Le but c’est de virer toutes ses classes intermédiaires qui ne servent à rien pour se concentrer sur la musique. Point barre.

Et finir, la question classique de Midnight Coffee. Que bois-tu comme café ?

Putain mec… Je bois tellement de café que j’ai dû limiter mon budget. Je bois du cheap coffee (rires). Quand tu te rends compte que les conneries de capsules ça te reviens à 32 cents le café, sachant que tu en bois un toutes les trente minutes…. Plus la cigarette.  Du coup quand je suis chez moi je prends des gros paquets de grains. Quand je suis ailleurs j’ai toujours des petits sachets dans mon sac.

Un dernier mot ?

Bonne soirée les gars. Enjoy Add Cat !

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Et je peux vous dire que j’ai passé une excellente nuit. La curiosité qui m’avait poussé à venir a été entièrement satisfaite. Zare a distribué sa House de manière technique et fluide, réchauffant les corps de jeunes filles aux cheveux propres. Dieu sais pourquoi, mais mes amis avaient pour la première fois écoutés mes conseils en matière de distraction nocturne. Aucun déçu. Beaucoup d’heureux. L’apogée a certainement été atteinte durant le set d’Oblast, au moment où les Berlinois ont littéralement téléportés les fêtards de la semaine, étonnements nombreux en cette période de crise. A moins que ce ne soit durant la performance d’un Cochise psyché et sérieux. Pointu et franc. La sono du Social je la connais, j’y vais depuis des années. Pourtant elle me surprend toujours. Surtout lorsqu’elle est traitée avec délicatesse par des artistes sincères à la musique surprenante. Vous l’aurez compris, Add Cat Records n’est pas un label comme les autres. Il a cette couleur particulière et féline, gage de la qualité de ses productions et surtout, de l’amour des ses artistes pour la Musique.

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