White Suns – Totem : De la Radicalité

« Ohlala ils ont pris de la drogue » « C’est pas de la musique, c’est du bruit » « Pss, même un enfant de 6 ans pourrait faire mieux ». A la vue de la musique dont je vais vous parler aujourd’hui, j’attends déjà ce genre de commentaire, déjà que certains ont cru se croire défenseurs du bon goût musical en bashant des groupes comme Strasbourg. Mais dans le cas de White Suns, cela nous amène dans un tout autre débat : pourquoi apprécier la musique de White Suns ? Ou comment l’apprécier, alors que ce second album, Totem, est encore plus malsain et épileptique que son fantastique prédécesseur Sinews ?

WHITE_SUNS_TOTEMJe vais pas vous raconter de salades : White Suns font du bruit. Ils jouent sur la dissonance, la violence, l’extrêmisme sonore dans tout ce qu’elle a de désarçonnant. Est-ce que ça les sort d’office d’un jugement artistique ? Bien évidemment que non, car les intentions de White Suns sont au final celles d’une radicalité totale. Un refus profond du compromis au profit d’un exutoire libérateur. Le bruit de White Suns est cathartique. Et en ce sens, puise beaucoup dans l’inconscient morbide de l’humain.

Vous pourrez dire que je sur-analyse une musique qui n’en vaut pas la peine, et White Suns est avant tout une musique de sensation, de tension plus qu’elle essaie de distiller dans sa musique un quelconque « message » ou une quelconque « idée ». Mais il est quand même important, du moins à mes yeux, de comprendre pareille musique, ou du moins de l’appréhender d’une manière un peu différente que par la moquerie et la fausse défense de la grande musique, dans un élan on ne peut plus réactionnaire de « c’était mieux avant ». L’art s’est radicalisé, plus personne ne composera la 9ème symphonie de Beethoven. Et vos idoles sont toutes mortes. Et c’est tant mieux. C’était mieux avant ? Non. Avant c’était propice à ça. Maintenant, qu’est-ce qui nous reste ?

La rage, l’expression de cette rage, de ce chaos qui nous envahit, pour mieux le comprendre. White Suns sont parmi les messagers de ce chaos intérieur, et ce bruit, cette non-musique que vous dénigrez, cette radicalité que beaucoup de groupes revendiquent, c’est ni plus ni moins que l’essence d’un état d’esprit très actuel. Elle est nécessaire à notre survie, qu’elle soit belle ou non. C’est l’assomption de celle ci qui nous ouvrira les portes.

White Suns, comme bien des groupes avant et des groupes après, attisent cette radicalité, non pas par posture pseudo-expérimentale qui fera se toucher Télérama et Pitchfork, mais parce que ce n’est que par là que l’on pourra aller quelque part. Ce bruit est un magma dont se font les symphonies d’aujourd’hui. Et l’exécution brillante qu’en fait White Suns dans Totem, grâce à une mise en place méticuleuse, une production sensationnelle et une intelligence telle dans l’association bruit/silence, le tout avec une énergie débordante, cette exécution est admirable. Sincèrement admirable.

« Moi aussi j’aurai pu faire mieux! » Peut être, mais en attendant, eux font l’effort de leur art, ils ne le font pas en dilettante mais s’y arpentent corps et âme dans un exutoire d’où émerge presque une beauté désespérée : celle de notre époque.

« Oh là là qu’est-ce qu’il est prétentieux ce Marquier, à parler de bruit comme de la musique … »

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