Qu’attendre de l’écoute de pareille galette, me direz-vous, sans relever le fait que je n’ai publié d’article depuis 3-4 semaines, ceci étant dû à ma nécessité de prendre des vacances rédactionnelles, si vous voyez ce que je veux dire. Ce disque, promptement court, passe comme un gros colis dans une boîte aux lettres. Ca a l’air bien froissé, mais franchement, ce qu’il y a à l’intérieur est intact, pur, brut, et au moins vous n’avez pas eu à vous taper cette factrice hystérique qui frappe frénétiquement à votre porte à 10h30 alors que vous dormiez encore parce que c’est le week end et que bordel, on peut bien nous foutre la paix une mâtinée, non?
Des mélopées noiso-lo-fi-insérer-terme-archaïque-ici qui se distillent avec une énergie et une hystérie propre à elle-même. Les sept premiers morceaux ne dépassent pas les 3 minutes et sont autant de collages rythmo-mélodiques parfois effrayants (A Bag Like This One, presque Arab On Radesque?), parfois joueurs (Frome Chrome’s Beach, Death Trumpets), souvent frénétiques (Positive Satan) mais toujours emprunts d’une créativité sans bornes. Puis quand vient le temps de se dire au revoir, Melted Mess, closer de 6 minutes 28, nous envoie à la face un réglage de comptes menaçant et libérateur.
Bénéficiant de Tachycardie est un disque frais, plein de vitamines pas toujours bonnes pour la santé, mais qui font du bien à la tête, et quand la tête va bien, le corps va bien. Et il est dispo digitalement et gratuitement. Aussi, jetez vous là dessus. Vous seriez très gentils.
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Je vais pas vous raconter de salades : White Suns font du bruit. Ils jouent sur la dissonance, la violence, l’extrêmisme sonore dans tout ce qu’elle a de désarçonnant. Est-ce que ça les sort d’office d’un jugement artistique ? Bien évidemment que non, car les intentions de White Suns sont au final celles d’une radicalité totale. Un refus profond du compromis au profit d’un exutoire libérateur. Le bruit de White Suns est cathartique. Et en ce sens, puise beaucoup dans l’inconscient morbide de l’humain.
Vous pourrez dire que je sur-analyse une musique qui n’en vaut pas la peine, et White Suns est avant tout une musique de sensation, de tension plus qu’elle essaie de distiller dans sa musique un quelconque « message » ou une quelconque « idée ». Mais il est quand même important, du moins à mes yeux, de comprendre pareille musique, ou du moins de l’appréhender d’une manière un peu différente que par la moquerie et la fausse défense de la grande musique, dans un élan on ne peut plus réactionnaire de « c’était mieux avant ». L’art s’est radicalisé, plus personne ne composera la 9ème symphonie de Beethoven. Et vos idoles sont toutes mortes. Et c’est tant mieux. C’était mieux avant ? Non. Avant c’était propice à ça. Maintenant, qu’est-ce qui nous reste ?
La rage, l’expression de cette rage, de ce chaos qui nous envahit, pour mieux le comprendre. White Suns sont parmi les messagers de ce chaos intérieur, et ce bruit, cette non-musique que vous dénigrez, cette radicalité que beaucoup de groupes revendiquent, c’est ni plus ni moins que l’essence d’un état d’esprit très actuel. Elle est nécessaire à notre survie, qu’elle soit belle ou non. C’est l’assomption de celle ci qui nous ouvrira les portes.
White Suns, comme bien des groupes avant et des groupes après, attisent cette radicalité, non pas par posture pseudo-expérimentale qui fera se toucher Télérama et Pitchfork, mais parce que ce n’est que par là que l’on pourra aller quelque part. Ce bruit est un magma dont se font les symphonies d’aujourd’hui. Et l’exécution brillante qu’en fait White Suns dans Totem, grâce à une mise en place méticuleuse, une production sensationnelle et une intelligence telle dans l’association bruit/silence, le tout avec une énergie débordante, cette exécution est admirable. Sincèrement admirable.
« Moi aussi j’aurai pu faire mieux! » Peut être, mais en attendant, eux font l’effort de leur art, ils ne le font pas en dilettante mais s’y arpentent corps et âme dans un exutoire d’où émerge presque une beauté désespérée : celle de notre époque.
« Oh là là qu’est-ce qu’il est prétentieux ce Marquier, à parler de bruit comme de la musique … »
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Pourtant, la musique de Pierre & Bastien n’est pas tellement liée aux codes de ce que l’on appelle Punk. Mais elle traduit, avec son instrumentation très restreinte (2 guitares et batterie), un côté épuré qui se lie admirablement à la démarche. Et cet album arrive à toujours trouver des trouvailles musicales dans les derniers retranchements du style. C’est un disque brut, urgent, mais qui a également un excellent travail de composition. Les mélodies sont percutantes au possible (Luxe, Alcool, Auto-Entrepreneur, Cancer …), parfois mélancoliques (Journal, Twist …) et parfois profondément jouissives (Facho, Crise …).
Cette musique, Pierre & Bastien la font aller de pair avec des textes, en Français, qui sont écrits sans détour. Si je m’écoutais, je dirais même que c’est ce qu’il y a de mieux écrit ces derniers temps. Pourtant, pas de belles figures de style ou d’effets de langage, mais des mots, percutants, graves, déclamés avec un peu d’ironie, beaucoup d’énergie, et surtout, d’une manière qui leur est propre. Cet album est une revue de presse de ce qu’il y a de pourri de nos jours, comme les titres le laissent présager (Crise, Facho qui sonne tellement juste, Cancer, Auto-Entrepreneur …) et qui arrive à éviter à chaque fois de tomber dans le pathos (Journal, un des meilleurs textes du disque, est à pleurer, pas à rire.), la ritournelle stylistique ou la ligne facile. C’est brut, direct, puissant et surtout, vrai.
Ce disque est important, libérateur d’une certaine manière. Et à prix libre, vous n’avez donc pas d’excuse. Pierre & Bastien ont réalisé un tour de force, et j’aurais dû le dire dès le départ en fait. Con de moi. Mais toujours est-il que, chers Paul Jimenes, Frédéric Trux et Baptiste Nollet, merci infiniment. Et bravo.
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Et cette réduction d’effectif donne un résultat qui diffère de ce qu’ils ont fait auparavant, même si leur style reste reconnaissable, le son et les compositions de cet album sont plus efficaces. Cependant, leur sonne perd pas en intensité, puisque ce qu’ils perdent sans les cuivres, ils le regagnent dans leur son encore plus acéré et direct, lié à la complexité rythmique qui désarçonne pas mal mais ajoute à l’aspect progressif des compositions. Cet album n’est donc pas über accessible, mais il est clairement imaginatif, en se jouant pas mal des codes des styles qu’il est censé évoquer. On passe du jazz au rock progressif, un peu de noise rock, voire même de pop dans certaines mélodies. Tout ça se mélange dans une sorte de synergie stylistique qui va a ravir.
Le fait que leur son soit plus centré leur apporte une violente efficacité. Au delà de l’aspect un peu complexe, ça marave ta gueule à coup de dissonnance et de gros riffage. C’est bizarre, mais ça se prend pas la tête pour autant. Des morceaux comme Folding Iron marchent bien dans ce sens, Black Post White Ghost aussi. We Insist ! intègrent d’ailleurs parfois d’autres instruments, comme la guitare acoustique sur l’excellent First Draft ou un accordéon qui bizarrement, ne m’emmerde pas, dans l’extatique Four Nights in August, comme quoi tout arrive. Et finalement, c’est une suite de riffs et d’ambiances assez hétéroclites et non pas disparates qui se passent dans cet album, qui parfois peuvent paraître dures à digérer pour les moins préparés, mais qui donnent plétore de morceaux de bravoure fabuleux, comme My Friend’s Lonely Mate. Ce morceau là est brillant. La mélodie est accrocheuse, le riff mémorable, le jeu de batterie est solide, puis cette coda instrumentale à la fin est fabuleuse au possible. Un grand morceau.
Pour ce sixième album, We Insist ! balancent l’artillerie lourde et nous servent un album très travaillé, direct, complexe et riche. Et si on peut être un peu rebuté un peu par l’herméticité globale du tout, au fur et à mesure, on s’accoutume pour mieux s’accomoder de l’excellent songwriting de We Insist. C’est un album qu’il faut prendre du temps pour apprivoiser, mais dont l’écoute s’avère être des plus intensément passionnantes. En gros, c’est oui.
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L’évolution principale de To Be Kind, c’est que cet album est beaucoup plus lumineux, avenant, que son prédécesseur. Il y a des éléments plus fantasques, mais il en découle une ambiance très colorée, notamment dans des morceaux comme A Little God in My Hands, qui est totalement déjantée dans son instrumentation, avec ces ensembles de cuivres qu’on croirait sortis d’un cartoon avec des gangsters machiavéliques et comiques à la fois. Et cette fantaisie se retrouve pas mal dans l’aspect possédé du chant de Michael Gira, totalement en roue libre de la manière la plus libératrice qui soit.
Puis y a un aspect rythmique a prendre en compte, c’est le groove infectieux qui découle de la plupart des morceaux, qui rend les pans de sons de Swans encore plus percutants, notamment dans l’Opener Screen Shot ou dans Oxygen, et quand ils sont produits avec autant de précision, on se rend compte de l’ampleur du travail poussé dans cet album. Et arriver à sortir un album aussi techniquement poussé 2 ans après en avoir fait un avec la même exigence … ça ne peut que s’applaudir, et à l’écoute de ce mastodonte de 2 heures, on en sort avec la bouche sèche, des palpitations, mais l’envie d’y retourner.
C’est pas un album facile, mais l’exigence en vaut totalement la chandelle, car si les morceaux se tirent en longueur (She Loves us! fait 17 minutes, Bring The Sun/Toussaint l’ouverture 34 …), c’est pour mieux en tirer la sève. L’efficacité n’est pas dans la durée, mais dans la recherche sonore. On expérimente, certes, mais ce n’est pas une expérimentation qui résulte dans des choses savantes. Y a même un côté animal et viscéral dans cet album, encore plus que dans The Seer.
To Be Kind est vraiment l’expression la plus poussée et la plus brillante (dans tous les sens du terme) de Swans depuis leur formation, et arrivent à synthétiser toutes leurs expériences, des plus radicales aux plus accessibles. Y a des aspects qui font penser aux premiers albums plus industriels du groupe dans des morceaux comme Oxygen, l’aspect plus éthéré de leur Soundtracks for the Blind se retrouvent dans Just a Little Boy, hommage des plus vibrants au bluesman Howlin’ Wolf, les accents folk que Swans intégrait depuis leur reformation sont également présent dans les moments les plus calmes de cet album, comme Some Things We Do … et tout cela sans aucun temps mort.
La tension qui se dégage de cet album n’est finalement pas si opressante que dans The Seer, elle est plus annonciatrice d’une transe que l’on ne peut contrôler. Notamment dans l’incroyable Bring The Sun/Toussaint L’Ouverture, monumentale pièce de 34 minutes aux accents tribaux, ou She Loves Us !, encore, qui distillent des sonorités épiques à souhait, et dans un torrent de son tellement enivrant qu’il est difficile d’en réchapper de manière apathique.
To Be Kind est un disque sans concession, radical, mais pas si misanthrope que ça, car les sensations qu’il dégage sont finalement plutôt humaines, discernables, et appréciables. Du moins je l’espère. Même si les durées des morceaux sont évidemment un élément exigeant, To Be Kind n’est pas spécialement prise de tête. C’est un album viscéral, presque organique, qui a une sonorité puissante exécutée avec un brio rare …
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Poussant plus loin leur délire, jusqu’à être largement plus malsains et flippants que légitimement drôles, Poil font fi, dans Brossaklitt, de tout bois, matériau sonore et code musical, déployant une artillerie affolante de technicité et d’hystérie. Du tonitruant opener Fionosphère à la Ballade des Gentils Minouchoux, cet album est profondément violent et addictif, regorgeant de trouvailles fantastiques à chaque détour de mesure. Une tambouille maléfique, en somme.
Ca pousse à tout : au vice, à la folie, aux limites du supportable (dans le presque chasse-trappesque Pikiwa et sa boucle infinie de milieu de morceau), mais toujours avec une intensité peu commune. Patachou égrène un groove et le déconstruit comme personne, Goddog fait une petite incardate mélodique presque Pattonesque sur les bords, bref, Brossaklitt est un fantastique bordel qu’il faut épouser, enlacer, jusqu’à ce que tout s’ensuive.
Ou quelque chose comme ça, j’en sais rien.
Mais cet album déboîte des grisons de manière définitive. Allez en écouter un peu par là. Puis éventuellement le procurer par là.
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Et je précise ça parce que c’est une bonne chose. Si j’aimais bien les reprises que BBNG faisaient, j’attendais plus de matériel original de leur part. Et un des éléments les plus flagrants de cet album qui sont dûs à cela sont aussi que les solos très jazzy se sont pas mal éloignés pour laissez la place à une prépondérance plus électronique.
Dans III, BADBADNOTGOOD expérimentent à nouveau avec leur style, et c’est quelque chose à célébrer. Ils ne se reposent pas sur leurs acquis, ajoutent de nouvelles choses, et c’est quelque chose qui leur réussit grandement, parce que le niveau est toujours aussi haut. On ressent toujours cette énergie dans l’interprétation des morceaux, la production est superbe et on sent un vent nouveau, d’une certaine manière, notamment dans les très réussis Kaleidoscope et Eyes Closed, mes morceaux favoris de l’album. Mais ils restent tout de même ancrés dans un style qui leur sied admirablement, jouant toujours aussi efficacement avec, comme dans le fantastique Hedron, probablement le morceau le plus ancré dans ce que BADBADNOTGOOD faisaient avant, preuve qu’ils sont toujours fidèles à eux mêmes pour autant.
Cependant, ce virage laisse de côté des éléments qui parfois faisaient plus mouche, et par moments, l’aspect électronique de certains morceaux peuvent être un peu gimmickesques. Notamment l’utilisation d’éléments un peu trap, qui marchent dans Can’t leave the Night, par exemple, mais qui sont parfois un peu fatiguants à la longue, ou en tout cas ne sont pas aussi percutants.
Cependant, III reste un album novateur pour BADBADNOTGOOD, et il reste quand même stylistiquement frais, pépère en somme. Et même si j’avais préféré leur second album, il reste une belle continuité dans le style du combo. Voilà.
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Mess est un vrai bordel techno qui joue sur deux tableaux à la fois : d’une part l’électro étrangement puissante et l’électro puissamment étrange. L’album adopte déjà une structure très déroutante, on commence avec des morceaux très directs, efficaces et agressifs, comme Mask Maker ou I’m No Gold, pour progressivement, au milieu de l’album, partir dans des méandres bizarres avec des éléments de minimale comme Dress Walker ou Left Speaker Blown.
Et c’est génial.
C’est perturbant mais c’est géré de telle façon que l’on se rend compte que dans un second temps du changement. On écoute tout et subitement, on se demande ce qui est en train de nous arriver … mais au delà du choc, il y a aussi un vrai talent de composition de la Part de Liars, qui arrivent à donner un aspect très organique à leur musique électronique, et ils arrivent également à le gérer dans l’exubérance, comme dans Mess in a Mission ou Mask Maker, qui sont purement extatiques, comme la bizarrerie plus subtile comme dans Darkslide et Left Speaker Blown, assez fascinants.
Et c’est dans ce bordel que se dessine progressivement des chansons superbement composées et interprétées, mes préférées étant Pro Anti Anti d’abord, qui a un côté très appuyé et puissant, puis le fabuleux Vox Tuned D.E.D qui est catchy as fuck. Au final, cet album désarçonne, mais il a un mérite profond, comme toujours chez Liars, a avoir une personnalité qui se joue des styles musicaux. Et ça fait du bien.
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En fait, je suis jaloux et aigri aujourd’hui. Parce que je n’ai jamais pu voir Chausse Trappe en concert. Ce qui me désole au plus haut point, tant la puissance de transe de ce groupe doit être décuplée en concert. Car oui, on parle de Transe ici. Pas le genre, l’état. D’une sensation de répétition qui vous pousse à la folie, à la syncope et/ou au nirvana. Et ce dernier disque, reprenant le même morceau (Grandgousier) avec 3 approches différentes (une plus directe (Décembre), une où le crescendo et l’accélération rythmique sont accentués (Mars – Partie I), et la troisième où l’aspect bruyant est encore plus exacerbé (Mars – Partie II)), est une belle représentation du talent de Chausse Trappe. Parce que c’est pas si facile de garder une note pendant si longtemps et arriver à la faire monter aussi bien.
Le brio de Chausse Trappe dans le build-up musical est indéniable. Ca me fait même hurler quand j’y pense. L’enchainement de ces trois versions donne une sensation bizarre. On est au delà de l’écoute, tout devient inconscient. Et ces montées d’adrénaline, quand le rythme se double, quand les percussions se font plus marquées, le larsen plus intense, les lignes de basse plus appuyées … sont légitimement démentes. C’est une expérience sonore à la fois improbable et profondément marquante. Une rencontre entre la musique savante et le rock bruyant le plus débridé. Pareille synthèse n’avait pas été aussi puissante que depuis le dernier Electric Electric (et vous savez à quel point je vénère ce disque-là).
On va encore gueuler : « Ouaiiis mais moi aussi je peux le faire, tenir la même note pendant 20 minutes. ». Ce à quoi je répondrai : Non. Pas comme eux savent le faire. Pas aussi bien. Pas aussi honnêtement. Pas avec autant de couilles et d’émotion. Parce que oui, y a des émotions qui se dégagent de la musique de Chausse Trappe. On danse, on est paniqué, on est effrayé parfois, ou juste intrigué, mais aussi entraîné dans un tourbillon ivre de son, de musique. une possession, presque.
Gueulez tant que vous voulez que vous ne trouviez pas ça musical, que vous pensez que c’est du bruit, que c’est pas ça la vraie musique. Ce disque est fantastique. Chausse Trappe est mort. Longue vie à Chausse Trappe. Et je vous emmerde.
Vous pouvez l’écouter sur le Bandcamp de Kythibong.
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D’autant plus que parler de sludge metal est compliqué, car I Shall Die Here, leur nouvel album, est un album qui n’est pas totalement sludge et pour cause, il est produit par Bobby Krlic, mieux connu sous le nom de The Haxan Cloak. Il a sorti l’an dernier ce qui est, à mon sens, le second meilleur album avec l’incroyable disque d’ambient-dub Excavation. Et cette collaboration, elle se sent, parce qu’elle apporte un tout nouveau corps a The Body.
Le sludge minimal de The Body passé par le filtre de The Haxan Cloak est une sorte d’hybride malsain d’électro et de noise, appuyé par des sons de basse abrasifs au possible et un chant totalement inhumain qui devient encore plus terrifiant. La musique de The Body dans cet album est une sorte d’énorme nuage noir apocalyptique.
Mais si c’est certes une musique terriblement sombre, elle est désespérée et cathartique avant d’être terrifiante, au final. Ce qui ressort c’est pas qu’on a peur, c’est qu’on est plongé dans un océan de total désarroi. Ca se ressent en particulier dans l’incroyable opener To Carry the seeds of Death Within Me, véritable performance de cet album qui joue avec les nerfs de l’auditeur d’une manière assez phénoménale.
Cela dit, la sauce a parfois du mal à prendre, comme dans certains éléments de Our Sould Were Clean, qui n’ont pas le même impact et versent parfois un peu trop dans le gimmick. Mais l’album, peut être un peu aidé par sa durée relativement courte, s’en sort honorablement. Une fois rentrés dans le trip, la durée ne se sent pas. A vrai dire, devant un tel monolithe, on ne sent plus grand chose.
On notera aussi l’usage incroyable des moyens de production de The Haxan Cloak, notamment dans le dernier morceau Darkness Surrounds Us, ou le très Sunn O)))ien The Night knows No Dawn. Si vous aimez certains vieux albums de Sunn, il y a des choses qui vous plairont dans cet album. Y a aussi un aspect très industriel dans leur musique qui est extrêmement bien géré, notamment dans Hail to Thee, Everlasting Pain, qui m’a fait penser, à certains égards, à du Pharmakon, notamment sur la fin.
The Body et The Haxan Cloak ont donc créé un album assez fascinant et cathartique avec I Shall Die Here, et il y a fort à parier que leur collaboration a un potentiel à exploiter. Après, je reste un petit peu sur ma faim, parce que j’attendais beaucoup de cette collaboration et je me retrouve avec juste un bon album. Mais il s’agit tout de même d’un superbe effort de la part de The Body, et reste à voir ce qui peut sortir de pareille collaboration.
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