My Bloody Valentine – m b v : Du retour des papas et mamans du matage de pompes

Bonsoir, ou bonjour, on s’en fout. On est pas là pour discuter temporalité, le temps est aussi solvable en sujet de chronique qu’une soirée Tapas chez le chinois du coin. Non, si je viens hanter les plates bandes de ce fort beau site fort bien requinqué, c’est pour vous parler de musique.

Jusque là, ça va, pas trop de choc.

Mais si je viens à vous en ce mardi, c’est que je me ferai un plaisir de vous parler de trucs plus obscurs qu’à l’accoutumée, peut-être moins accessibles aussi, sans pour autant se limiter à quelque style que ce soit. Grosso modo, mes chroniques seront des reviews d’albums plus ou moins récents (ou de grands classiques, ou autre chose si l’occasion l’impose) de musique plutôt bruyante ou étrange, et donc l’absence de mélodie n’est pas une limite. Ca laisse le champ large quand même.

Et pour commencer en fanfare ceci, je vous présente un de mes genres favoris : le shoegaze.

Voici pour présenter, un point éthymologie des plus relous.

Alors, shoegaze est un terme venant de l’anglais shoe, chaussure, et gaze, fixer du regard.

On se calme, les fétichistes. On se calme.

Outre sa dénomination des plus excitantes, le shoegaze est un style qui prend sa source dans la new wave et le post-punk des années 80 et également le goût des effets guitaristiques amené par le surf rock des années 50 et 60, en y ajoutant UNE BONNE GROSSE DOSE DE BRUIT BRRKZFFTKFKTKT.

Pour être plus clair, il s’agit de créer des morceaux plutôt comtemplatifs, psychédéliques, au chant ethéré et lointain et aux guitares très présentes et emplies d’effets nombreux transformant la composition en mur de bruit dans lequel l’oreille déniche les accents et les mélodies. Cet aspect très immersif et bruyant et la nécessité pour les guitaristes d’observer leurs pédales d’effets les pousse donc à baisser la tête, d’où le nom.

Ce genre a vu le jour dans la deuxième moitié des années 80 sous l’impulsion de The Jesus and Mary Chain (principalement leur album Psychocandy) et My Bloody Valentine et est fort magnifiquement représenté de nos jours par A Place To Bury Strangers, The Vandelles et Ringo Deathstarr.

Sauf que les papas sont de retour cette année.

Et quand je dis les papas, je dis My Bloody Valentine.

Et quand je dis My Bloody Valentine, je dis Papa Colm O Cíosóig, Maman Debbie Googe, Maman Bilinda Butcher et Papa Kevin Shields.

Comme quoi, deux papas et deux mamans, ça marche très très bien. Depuis le temps qu’on vous le dit.

My Bloody Valentine sont donc de retour après quand même 22 ans d’absence (Bien qu’ils nous aient laissé avant leur hiatus l’album ultime du genre, Loveless en 1991, que je pourrais aborder si il me vient l’envie de parler de grands classiques), en publiant début février de cet année sur leur page Youtube m b v, un album qu’on n’attendait plus. Et qu’ils autodistribuent, en sus.

Et force et de constater qu’ils ont toujours du fil à retordre, clairement.

pochette

My Bloody Valentine ont tout simplement effacé ce blanc de 22 ans, comme si rien, quasiment n’avait été attendu pendant quasiment un quart de siècle. Les riffs duveteux et bruyants à la fois, à la Loveless, ouvrent cet album, et la production est toujours efficace et précise.

Rien n’a changé donc, ou du moins, c’est ce qu’on se dit à l’écoute des premiers morceaux de l’album, She found now, Only Tomorrow et le génialement simpliste et mélancolique Who Sees You, qui ouvrent l’album avec une certitude : MBV en ont encore sous la pédale d’accélérateur.

Cette expression est à chier.

Mais à partir de Is this and yes et ses orgues étranges, on part dans un trip plus différent. Un reproche peut être fait à cet album : sa cohérence toute relative, ou plutôt son manque de cohérence dans certains instants. Il faut dire que ces morceaux viennent de sessions d’enregistrements datant jusqu’à 1996 et que de l’eau a coulé sous les ponts depuis pour le groupe. Mais si les morceaux sont plutôt disparates, il n’empêche pas moins que l’écoute de cet album révèle justement le changement plus minimaliste qui finit par être opéré, et avec brio, par le groupe.

If I am et New You affirment une tonalité plutôt poppisante sur les bords,  très agréable et douce, mais clairement, la remontée d’adrénaline s’effectue sur les trois dernieres tracks. In Another Way est totalement dantesque de sautillements et de classe, oscillant entre la disonnance étrange de son refrain instrumental et la voix douce et vaporeuse de mon idéal vocal féminin, Bilinda Butcher.

Puis un instrumental bien plus expérimental et tout aussi ahurissant : Nothing Is et son riff répétitif à la Swans part de plus en plus dans la montée de volume pour un niveau de transe assuré, puis le presque totalement électronique Wonder 2 sonne comme le départ vers un autre endroit qu’ils nous révèleront bien après. Ca part loin, très loin, on est happé dans un vortex de vapeur bleue, et alors que la galette s’arrête de tourner, on se dit qu’on a vu les 6 côtés du Cube d’un seul coup d’œil. La transformation de Loveless vers autre chose. Et c’est toujours mieux qu’un Loveless 2.0. Qui aurait été vachement bien de toute manière aussi. Disparate ? Oui. Pas cohérent ? Probablement. Plat ? Certainement pas, m b v est riche et explicite parfaitement le retour de My Bloody Valentine à sa place de grande force du shoegaze et du rock expérimental.

Qui arrive à tenir toujours autant et aussi bien la barre après un hiatus aussi long ? Généralement, les retours de grands groupes après une pause de plus de 5 ans tombent toujours sur du vide …

A part Godspeed You ! Black Emperor peut être.

Non, pas peut-être.

Et Swans aussi. Mais c’est une autre histoire.

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