Rétrospécaféine #7 : Slint – Spiderland

Les vacances, le sexe, le temps sans album de Tal, oui, toute bonne chose a une fin. Et pour cette dernière instance de rétrospecaféine, je vous propose l’exploration d’un album qui a marqué sans vraiment marqué les années 90. Spiderland, un album de rock atmosphérique sorti en 1991 par Slint, groupe Kentuckien qui se séparera un an plus tard.

Slint-Spiderland-coverSlint est un quatuor. Deux guitares dont un chanteur, une basse, une batterie. Jusque là, rien d’anormal. Mais leur premier album, Tweez, augurait un groupe pour la dissonance, les rythmiques saccadées et la production violente (Tweez étant produit par l’inénarrable Steve Albini, responsable d’albums pour PJ Harvey, Pixies, Nirvana, Neurosis, Whitehouse …). Tweez était un album punk, sale, urgent. Spiderland est clairement plus réfléchi, et si sa courte durée peut surprendre (6 morceaux, moins de 40 minutes), il s’agit d’un mastodonte de ce qui deviendra le Post-Rock, rejoignant les affres de Godspeed You ! Black Emperor notamment, alors qu’ils ont des genres tout à fait différents.

Si Slint ont cet aspect atmosphérique, c’est d’abord un groupe agressif plus que psychédélique. Leurs dissonances guitaristiques, l’absence de chant véritable (Il s’agit plus de spoken word) et les rythmiques distordues. Spiderland agresse donc, mais avec un certain sens de la formule.

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Spiderland s’écoute d’une traite, ça c’est définitif. Et s’il n’a pas de concept, c’est un énorme morceau. Avec ses pics d’intensité, ses moments de calme et tout ce qu’il y a entre. Breadcrumb Trail, qui ouvre l’album en égrenant quelques notes avant de sauter entre distorsion dramatique (et les cris pseudo-chantés de Brian McMahan : « I say goodbye to the ground »)  et exposition d’une sorte de romance. Un morceau plutôt éclairé, beau, avenant presque, qui diffère totalement de Nosferatu Man, bien plus maléfique. Et par ailleurs inspiré du Nosferatu de Murnau.

Don, Aman est une pièce particulière, interprétée seulement par les deux guitaristes, Brian McMahan et David Pajo. Une pièce contant les doutes sociaux de Don, hésitant, regardant autour de lui, à l’affut de quelque contact. La pression qui s’accumule au long du morceau fait frémir. Tout est en frustration. Puis Washer, le morceau le plus long de l’album, et seul morceau véritablement chanté, qui s’élève jusqu’à un climax bruyant absolument déchirant, comme si tout le mal-être et le désespoir s’était faits son. Un morceau absolument brillant, mantresque même, et clairement l’un des deux pics absolus de Spiderland.

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For Dinner est un morceau clairement plus introspectif, sommet de calme et de retenue sur cet album, un instrumental qui permet d’admirer l’aspect plus compositionnel du groupe, un morceau également empreint de mantras guitaristiques. Puis vient le grand finale avec Good Morning, Captain, sorte d’hymne à la dépression, avec tout ce qu’elle connote de puissant, de beau et de dramatique. La frustration accumulée dans tout l’album se déverse dans un « I MISS YOU » hurlé jusqu’à perdre haleine par Brian McMahan, à la fin du morceau et d’un album absolument déchirant.

Spiderland n’est donc pas une écoute agréable, c’est un album frustré (voire frustrant), en retenue, l’antithèse de Tweez, mais cette retenue ne fait qu’amplifier les moments explosifs (et il y en a) qui se trouvent dans cet album. Produit à la perfection par Brian Paulson, Spiderland a, avec retenue, presque minimalisme, détruit tout sur son passage. Il n’y en a pas deux comme celui-ci. C’est cliniquement dosé, et en même temps débordant d’émotion.

Allez l’écouter, putain.

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